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Éditorial : Pour une autre voie du développement

Abderrahmane Mouline*

Un projet de développement ne peut être tributaire d’une crise exceptionnelle, d’une situation limite, il transcende les événements chocs, il englobe les états ordinaires et ceux extraordinaires. Même si la pandémie du Covid 19 en cours ne peut à elle seule structurer l’élaboration d’un projet global de développement, lui donner sens, il n’en reste pas moins qu’elle a joué comme un révélateur, démontrant les capacités de prospective du pays, quelsque soient les dangers et les menaces ainsi que les opportunités.

La réflexion sur le nouveau modèle de développement devrait-elle être ligotée par le Covid 19, ou s’impose-t-il des’en libérer, de prendre son élan dans une posture de propositions dans des situations ordinaires, qui se décident loin des états pathologiques, de crises et de gestion d’urgences ?D’autre part, la réactivité dont l’Etat a fait montre en termes de confinement, de mesures sanitaires, économiques et celles relatives à l’ordre public et social, donne-t-elle déjà une idée sur ce que peut être la gouvernance du développement du Maroc ?

Par ailleurs, l’Etat réfléchit et pilote nombre de plans, de programmes, de politiques sectoriels à caractère stratégique tels que la transition énergétique, la gestion de l’eau,la formation professionnelle, les plans sectoriels, la conversion de la région de Souss-Massa en pôle reliant le nord et le sud du Maroc…N’est ce pas un modèle de développement déjà en construction ?

Le « développement autrement » vise en premier lieu à apporter des réponses plus claires à un ensemble de questions : où se trouvent les richesses ? Pourquoi les réformes répétées choient-elles ? Une croissance ne devrait-elle pas résoudre les problèmes de chômage, de corruption et des inégalités?

Pour penser complexe, il faut s’astreindre à un travail de « tisserand », en reliant les points de vue, les disciplines et les niveaux d’analyse. Si l’on transpose ce type de réflexion au débat actuel, la distinction de la dimension économique du modèle de développement dans son ensemble n’empêche pas de la mettre en interaction avec d’autres aspects (le politique, le social, le culturel…). Les zones d’influence et d’interactions sont nombreuses.

Le développement « démocratique » est dit démocratiquesurtout par les valeurs qui le portent (équité, égalité, dignité, solidarité) et les principes qui le mobilisent (transparence, reddition des comptes, responsabilité).

Il est incontestable qu’après l’effondrement des idéologies du 20ème siècle, un certain vide s’est instauré dans la pensée politique. Celle-ci s’est progressivement réduite à l’économie, et l’économie elle-même s’est progressivement réduite à une conception néolibérale qui pense que le profit et la richesse sont garantis naturellement s’il y a une hausse de la croissance. Il semble ici qu’il manque aussi dans le contexte national la notion de « redistribution », la notion de « premier de cordée » ou de « ruissellement », s’il y a croissance de fait tout le monde pourrait en bénéficier…

La réussite d’un modèle de développement économique, qui n’est au final que la mise en œuvre de politiques publiques dans divers domaines, confectionnées par des hommes politiques, dépend de leurs pertinences.

Un modèle de développement pertinent vise avoir un impact sur la vie au quotidien du citoyen. Il s’agit d’un schéma ou une configuration qui nécessite l’assemblage de divers éléments permettant de caractériser les modèles de développement dans leur ensemble.

Ce schéma repose sur une nouvelle économie mixte, voire plurielle mettant en place de nouvelles politiques industrielle et agro-industrielle, tendant à renforcer la production nationale, qu’elle soit destinée à la consommation intérieure ou à l’exportation commerciale, touristique, socioculturelle. En d’autres termes, l’Etat doit bâtir une économie productive et efficace qui crée suffisamment d’emplois dignes.

Tout nouveau projet nécessite de prime abord l’équilibre entre plusieurs péréquations telles que :

  • La mise en place d’infrastructures de grande envergure notamment sociales, en parallèle de la maintenance des infrastructures existantes.
  • Le soutien et la création des grands pôles économiques dans l’ensemble des régions en veillant au respect de l’équité de distribution des ressources disponibles.

La création des conditions politiques, économiques, sociales et culturelles qui favorisent la naissance d’un homme nouveau.

  • Chercheur au CERSS

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